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Edition: Martin Michel SA Fribourg Dépot légal: 20 novembre 1984 Imprimeur: Imprimerie Saint-Paul, Fribourg
La note du collectionneur

C’est un livre de 158 pages d’entretiens entre Frédéric Dard et Monseigneur Mamie, évêque de Fribourg D'homme à homme backdans lequel l’interviewer est Frédéric Dard.Le sujet central est, bien entendu, Dieu.

Livre dédié à Joséphine Dard, par qui la 1ère rencontre entre les 2 hommes s’est faite.

En effet, c’est lors d’une cérémonie de confirmation de sa fille Joséphine que Frédéric Dard a découvert Monseigneur Mamie et en a été profondément marqué comme il le dit dans l’avant-propos de ce livre:
 » Le moment venu, l’évêque s’est approché des fidèles pour prononcer son homélie.Tout de suite, quelque chose, en lui, m’a mis en état d’éveil.Ce que j’ai ressenti est à ce point inexprimable que, pour tenter d’en rendre compte, je dirai que c’était translucide et mélancolique, musical aussi. Il s’est mis à parler et ce qu’il disait renforçait l’espèce de charme que j’éprouvais. Il nous parlait avec des phrases simples, à la portée des adolescents, qu’il s’ apprêtait à confirmer.Il s’identifiait à Chaplin dans « Limelight »; assurant qu’il était le vieux clown qui avait arraché l’héroine à sa nuit pour la propulser dans les feux de la rampe où elle se mettait à danser merveilleusement.Il disait que c’était Dieu, le musicien. Et nous l’écoutions en pleurant,tous, grands et petits,tant il était convaincant et solitaire et porteur de tous les pardons.Son verbe, ce jour là, ressemblait à une symphonie. Il atteignait le recoin de nos âmes, sans effort, comme coule l’eau.
Après l’office, Monseigneur Mamie se plaça sur le parvis pour y accueillir les familles. Nous nous mîmes dans la file, patiemment. Cette position d’attente permet de se préparer à « l’affrontement » car ça en est toujours un; et d’étudier celui devant lequel on va comparaitre un instant plus tard, dont on pressera la main, dont on subira le regard et aux questions duquel il faudra répondre. Je l’observais donc,non seulement en homme qui venait d’être touché par son verbe, mais aussi en romancier curieux de tout et principalement de son prochain.Nous sommes, nous autres, dits gens « de lettres » sur un constant qui-vive; toujours à l’affut d’un personnage. Au cours de ce lent piétinement devant l’église, je réalisais comment notre évêque en était un, et un grand; ce qui signifie qu’il se situait hors de ce qu’il me faut bien appeler  » le commun »; il était marginalisé à mes yeux, non par sa fonction mais par sa personnalité. Il avait le regard à la fois direct et lointain, attentif et distrait, ce qui semble impossible.Je contemplais un homme dont les contradictions me fascinaient.Je comprenais que, malgré la force de sa foi, il conservait une fragilité d’enfant;que, malgré la magie de sa parole, il souffrait de ne pouvoir complétement communiquer;que, sous son humilité, il gardait uns solide fierté paysanne et qu’il soignait les âmes et espérant confusément du secours pour lui-même.Fantasmes d’écrivailleur? Je ne le crois pas. Le propre du romancier c’est de deviner ce qu’il ignore.
Notre « tour » vient. Et il y eut cet échange d’âme entre lui et moi qui rend tout facile.Cette manière mystérieuse de se reconnaître lorsqu’on ne s’est jamais rencontré.Nous nous promîmes de nous revoir.
Et voilà que, quelques mois plus tard, quand Michel Colliard, l’éditeur de cet ouvrage, demandait à Monseigneur Mamie s’il accepterait de se livre à un interviewer,ce dernier suggéra que ce fût moi le poseur de questions.
Moi qui souhaitais ardemment le mieux connaitre.Bien qu’on me demandât de faire le contraire de mon métier(qui ne consiste pas à « recueillir », mais à « inventer »)je dis oui sans réfléchir une seule seconde.
Je viens donc à Monseigneur Manie, plein d’appréhension,en me demandant si je serai à la hauteur de ma tâche;mais rasséréné par la certitude que lui du moins sera à la hauteur de la sienne. »

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