Genre(s): Auteur(s): , Epoque:
Edition: Fleuve Noir Dépot légal: 4ème trimestre 1969 Imprimeur: Imprimerie Bussière, Saint Amand
La note du collectionneur

Fleuve noir Spécial Police n°766En avant la moujik back
Dessinateur 1er plat : Michel Gourdon

Je connais plusieurs centaines de milliers de femmes qui vont avoir un sérieux pincement au coeur, en lisant les premières lignes de cette histoire : imaginez un peu, mes belles, l’unique, celui qui vous fait tourner les têtes, le commissaire San Antonio vient de se marier ! Et pour mettre un comble à votre désappointement, sachez que sa légitime n’est autre que la fille d’un célèbre savant russe… Mais sachez aussi qu’elle pèse deux cents livres et qu’à côté d’elle Berthe Bérurier est une starlette d’Hollywood ! Rassurez-vous, il y a gros à parier qu’avant la fin de ce chef d’oeuvre, le magnifique commissaire sera de nouveau disponible…

Da, da, da !
Sorti en 1969, « En Avant La Moujik » est un volume des « San-Antonio » du regretté Frédéric Dard mort 30 ans plus tard. C’est probablement un des meilleurs opus de la série, une aventure qui nous fait voyager jusque dans des étendues désertes, désolées, blanches, glaciales, enneigées…la Sibérie !
Chose amusante qui reviendra par la suite dans « Un Os Dans La Noce » : le commissaire Antoine San-Antonio, dès le début, se marie. Avec Natacha Bofstrogonoff (quel nom !), une jeune femme russe, soviétique donc (on est en 1969, l’U.R.S.S. et la guerre froide sont de rigueur), aussi belle qu’un camion-poubelle surchargé, grosse comme deux Béruriers obèses, aussi c*nne qu’une marmite en fonte cabossée, et accessoirement fifille d’un professeur émérite ayant inventé quelque chose que les services secrets françouzes aimeraient bien avoir. Mariage truqué (ce que la Natacha ne sait pas et ne doit pas savoir), donc, et nuit de noces censée se passer à Moscou, pour obtenir du père sa collaboration.
Oui, mais voilà, de la nuit de noces où la Natacha se fera ‘oblitérer’ par Béru, dans le noir, au lieu d’un San-Antonio soulagé, au voyage de noces, rien ne se passera comme prévu !

Dans l’ensemble, un excellentissime cru, délirant, vraiment hilarant, mais l’élément policier n’est pas à négliger. Un livre que les amateurs de la série se doivent de lire, donc !
Critique par Bookivore, le 8 septembre 2011

Et vous mes fidèles lecteurs et aminches, mes gueux et mes gueuses (lambic) vous n’en croirez pas vos mirettes en matant ma prose, à ne pas confondre avec mon prose. Moi, le commissaire (vices compris) que toutes les gisquettes s’arrachent à cause de mes prouesses longuement commentées dans mes bouquins, ne voilà-t-il pas que je suis marida. La bagouze au doigt avec une poupée russe, un mariage franco-russe en guise d’entremets, avec l’opulente Natacha, genre poupée gonflable, mais très gonflée, avec des poignées d’amour un peu partout et même ailleurs qu’il vous faudrait au moins une semaine pour en faire le tour si c’était des spirales qui râlent. Surtout qu’elle est accompagnée d’un grand Chaperon Rouge, Anastasia, belle comme les pin-up qu’on trouve dans Lui et Plaibois mobile, mais en mieux vu qu’elle n’est pas en papier glacé.
C’est la délabrée mairie de Chaulx-lez-Maron (Yvelines) qui a ouvert ses portes pour que les zheureux zépoux se dégoisent un oui franc et massif comme aurait dit le Grand Charles, s’enfilent, la bague au doigt d’abord, pour le reste on attendra, puis convolent en justes noces comme écrirait un académicien qui n’est plus très vert. L’officier des tas civils n’est autre que mon brave Pinuche, qui trouve moyen d’étaler sur sa braguette une carte de France avec l’encrier, tandis que ma moitié, qui fait bien le double voire le triple de votre serviteur, s’extasie devant le manche (Déjà ?) du porte-plume en bois d’arbre, la partie renflée dans sa pogne mahousse comme celle d’un boxeur qu’aurait enfilé (lui aussi ?) trois paires de gants. Comme témoin, en plus, le Mastard se pose là et dégoise un discours sans papelard dont il a le secret. Je vous sens venir, mon blair comme dirait Tony est particulièrement réceptif, vous ne me croyez pas. Et vous avez raison, en partie car je suis là en service commandé par le Vieux mais faut que j’vous narre par le début du bout du commencement de quoi t-il s’agit.
Le professeur Poreux de la Coiffe est décédé d’un infarcactus du biocarde, comme dirait Béru, lors d’un déplacement d’air chez les Ruskoffs. Il était parti rencontrer un confrère, le professeur Boris Bofstrogonoff dont les travaux de recherche étaient équivalents tout en étant similaires. Or il transportait avec lui les documents issus de son bulbe et évidemment bien sûr ils ont disparu. Il avait mis à jour la bactérie végétalo-foisonnante qui comme vous le savez permettrait de réduire le Sahara en un vaste champ (des sirènes) de blé, et ce n’était pas pour les picaillons qu’il s’était décarcassé comme Ducros en se masturbant les méninges. Brèfle, le Vieux a décidé qu’il fallait que je passe, sans trépasser, les frontières entre nos deux pays et que le meilleur moyen idoine passait par le mariage avec la fille de Bofstrogonoff, l’imposante Natacha.
D’où la cérémonie dont je vous ai causé ci-dessus, si vous ne vous rappelez-pas remontez au premier chapitre, qui est un petit arrangement sans que Natacha le susse, et que mes ennuis débutent. Direction l’auberge du Grand Cerf, dans le joli village normand de Comte-Harbourg, où que je doive passer la nuit avec ma femme. Seulement rien que de penser à la noye de noces, j’ai le mât de misère qui racorni dans mon slip Petit-Bateau, et mes joyeuses comme aurait le Duc copain avec Henri III qui sont plus ratatinées que des pruneaux d’à jeun. Alors je bigophone au Patron pendant que ma promise cuitée se débarbouille les ratiches et le reste. Et tandis que je remonte l’escadrin qui conduit, de cheminée, jusqu’à la chambre nuptiale qu’un mec m’apostrophe tel Bernard Pivot, et m’intime comme si j’étais à tue et à toi avec cézigue de le suivre dans sa tire américaine.
Samuel, c’est son blaze, me donne gratuitement ses directives et m’informe qu’à Moscou quelqu’un m’entreprendra en me citant un aphorisme de Nietzche, puis il décarre en me laissant pas le choix. Il faut que je retrouve ma gravosse dans le pieu conjugal et que je lui démontre que les Français, s’ils ne pensent qu’à ça le font aussi. Ouf, je suis soulagé car la (Bruni) belle s’est endormie sur le canapé. Je marche en loucedé, fait basculer un bonheur du jour en pleine nuit et que découvré-je sous le lit ? Je vous le demande Emile et une nuits ! Anastasia qui se propose de suppléer sa copine. Il ne faut pas me le demander à deux fois et un rein, et sous ma pogne experte, Anastasia s’extasie, s’anesthésie, me propose le 14 juillet et ses lampions, un véritable feu d’artifesses. Mais ceci n’est pas fini, car je ressors, sauve une poule qu’a du pot posée sur un rail d’un dur qui traverse la campagne à toute vibure, l’écrase sous moi, là elle n’a pas de pot la poule lorsque ma bagnole explose et que je m’étale dessus Ensuite, au petit matin, mâtin comme le temps passe, envol pour Moscou, Moscou, les plaines d´Ukraine, et les Champs-Élysées on a tout mélangé, même qu’on a droit à un détournement en plein vol et qu’on se retrouve en sortant des vapes dans un endroit bizarre que nos ravisseurs ravis nous présentent comme l’Alaska. Deux ronds de flan qu’on est Béru, Natacha, Anastasia, Bofstrogonoff qui nous tient compagnie et moi. Je vous dis pas la suite vous n’avez qu’à acheter mon bouquin et le lire. Après tout, je l’ai écrit, maintenant c’est à vous de faire le blot.
PCC : Oncle Paul

San-Antonio est réputé pour ses calembours, ses jeux de mots, ses à-peu-près, son argot, ses néologismes, ses métaphores savoureuses, ses interpellations et sa connivence avec le lecteur, son humour caustique et ses humeurs ronchonnes, mais ce que l’on sait moins, c’est que parfois il s’amusait à écrire en empruntant au vocabulaire, au jargon de professionnels spécialisés, légistes et grammairiens par exemple et dont il truffait ses phrases. Pour l’exemple cet extrait :
Il n’a rien d’un crapoussin. Sa glabelle n’est pas villeuse, mais son vomer, couvert par un stéatome, lui donne l’aspect d’un miquelet. Bref, c’est le genre de type capable de lire couramment le boustrophédon et qui ne confondrait pas un apophtegme avec une antanaclase.
Je vous enjoins à vous munir d’un Petit Robert, j’aime bien le Petit Robert, ça tient bien dans les mains, et de rechercher ces mots qui peuvent vous sembler abstrus pour ne pas dire abscons. Pour l’exemple, crapoussin signifie une personne de petite taille, bedonnante et contrefaite. Une glabelle est un os frontal tandis que villeuse signifie une tumeur. A vous de jouer maintenant.
Dans l’annexe proposée en fin de volume, Raymond Milési indique les différentes parutions de la saga des San-Antonio, les premiers dans la collection Spécial Police, puis dans une collection qui fut dédiée au célèbre commissaire de ces dames. Mais cette collection dite S-A proposait les romans dans un ordre anarchique et heureusement en 2003 la nouvelle collection S-A restitue l’œuvre dans l’ordre chronologique de parution. Mais surtout Raymond Milési dissèque et classifie dans un guide thématique cette série, et ce roman est tout autant un roman policier qu’un roman d’espionnage car il s’agit bien de retrouver un document lié à la découverte d’une invention qui peut changer le monde. Les deux protagonistes principaux sont tout naturellement San-Antonio et Bérurier, Pinaud n’apparaissant qu’au début de l’intrigue dans un rôle de composition et Félicie, la mère du commissaire n’étant mise qu’en « vitrine ».

Une critique de roman est parue dans Mystère Magazine n°265 sous la plume d’Igor B. Maslowski.

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