Genre(s): Auteur(s): , Epoque:
Edition: S.E.P.O. (Société d'Editions et de Papeteries Opéra Dépot légal: 2ème trimestre 1951 Imprimeur: Imprimerie Bussière, Saint Amand
La note du collectionneur

Le tueur aux pantoufles backDessinateur 1er plat: Roger Sam
Prix: 320 fr.

Dédicace: A RAYMOND ROULEAU
avec mon admiration et mon amitié
F.D.

Ce roman ne fut ni diffusé ni distribué. Peu d’exemplaires ont circulé.
Il parut quelques 13 ans après en feuilleton dans les 5 premiers numéros d’une revue humoristique Eclats de rire. Néanmoins, le public fut toujours privé de cette oeuvre attachante qui, au-delà de la trame, ajoutée aux personnages totalement extravagants, annonce le délire burlesque des futurs San-Antonio.

Dans un petit pavillon confortable de la banlieue parisienne, Jango, personnage débonnaire entouré de sa mère et de son fils Zizi, un gamin farceur, mène une vie bien pépère. Il possède un poisson rouge dans un bocal, un lapin apprivoisé. Il jouit de l’estime de son voisinage, la boulangère lui fait les yeux doux. Tout est banal et tranquille.
A un détail près : Jango est tueur à gages…
Il s’est constitué une bonne clientèle ; et avec une seringue, une piqûre, hop ! Il fait ensuite disparaître les cadavres dans une cuve d’acide. Aucune trace, les clients sont contents.
Mais un événement insolite vient bouleverser cette belle organisation : l’utilisation d’une rosette de la Légion d’honneur prélevée sur le veston de la dernière victime, un colonel…

Humour noir et comique de situation irrésistible
Le tueur en pantoufles fut écrit en 1951. Phrases courtes, rythme percutant, originalité de l’histoire, drôlerie des dialogues, tout concourait à sa réussite. Quand le tueur dit à son gamin: « Ne prends jamais un lapin par les oreilles, tu lui fais mal », on sent la tendresse de l’auteur pour ses personnages. Curieusement, Hachette refusa de le publier. La liberté de ton de Frédéric Dard dérangeait-elle à ce point? Peut-être était-il risqué, à l’époque, de publier l’histoire d’un assassin… sympathique.
Car ce texte est d’une modernité étonnante. L’humour noir de Frédéric Dard le pousse à désacraliser la mort, comme dans ce passage où le fils du tueur vole une décoration sur un cadavre frais! Chez quiconque, une telle scène aurait été sordide. Sous la plume de Dard, le comique de situation devient irrésistible: « Le gosse a de mauvais instincts, déclara sombrement le père. » L’éditeur qui envoya au pilon les 3 000 exemplaires de ce petit bijou n’avait aucun sens de l’humour. Ni de flair. Déjà, Dard élabore sa propre langue, à travers images et comparaisons: « elle avait les yeux bouillis dans le chagrin » ou « il renifla son émotion ». Ce genre de trouvailles lui valut le mépris de l’élite littéraire. Le poète se vengera plus tard, entre les lignes de ses best-sellers: « Si t’es puriste, relis ta feuille d’impôts, elle, elle est en pur français! » L’un des premiers à rendre hommage à son génie fut Jean Cocteau, dans une lettre qu’il lui adressa à la fin des années 1950, évoquant « une écriture en relief qu’un aveugle pourrait lire avec la peau des doigts ».

Igor B. Maslowski, qui a aimé le style direct et truculent de ce roman, lui a consacré une critique dans Mystère Magazine n°62 de mars 1953.

Il existe 4 rééditions de cet ouvrage :
– une édition pirate en 1994 aux éditions Le Même sous le titre « Des pâquerettes plein les dents ». A signaler que ce roman avait été préalablement publié en feuilleton en 1964 dans les n°1 à 5 d’Eclats de rire.
– une 2ème chez Fayard en octobre 2003
– une 3ème chez Points en juin 2008
– une 4ème aux éditions de la Loupe en mars 2011 (en gros caractères).

Curiosités: 1/ c’est le seul ouvrage que publieront les éditions SEPO (Société d’Editions et de Papeterie Opéra)!
Les titres annoncés au 4ème plat ne sont jamais parus.
2/ dans cet ouvrage apparait l’inspecteur Pinaud, un nom qu’on retrouvera plus tard en tant qu’adjoint du Commissaire San-Antonio.

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