Genre(s): Auteur(s): , Epoque:
Edition: Fleuve Noir Dépot légal: 3ème trimestre 1951 Imprimeur: Les Impressions rapides, Paris XI
La note du collectionneur

Les souris ont la peau tendre Fleuve noir Spécial Police n°19
Massicoté
Prix : pas de prix
Dessinateur 1er plat : Michel Gourdon

Dédicace : pour Jean Birgé,
Qui ne craint pas les coups durs,
Affectueusement
S.A.

« Un patron de bistrot portant, dans son arrière-salle, une épée à la taille, surtout au XXe siècle, c’est assez extraordinaire. Mais franchement, où ça se corse (chef-lieu Bastia histoire de fomenter une petite guerre civile), où ça se corse, disais-je, c’est quand l’épée n’est pas à la taille du type, mais à travers la taille… Je tiens aussi à vous préciser que cette découverte n’est pas faite pour me réjouir, vu que l’épinglé était mon seul contact dans ce foutu bled… Pour lui, le contact a été plutôt rude, et pour moi, il risque de l’être aussi, je le crains, car j’entends déjà mugir, au loin, une sirène de police… »
L’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale et San-Antonio fait partie des Services Secrets. L’action se déroule dans le Nord de la France, puis en Belgique. Le commissaire San Antonio est chargé de débusquer une mystérieuse taupe qui s’est infiltrée parmi les agents des Services Secrets… Il mène son enquête en solitaire ; les célèbres seconds Bérurier et Pinaud n’ont pas encore été créés par l’auteur.

Pour résumer rapidement ce roman et vous donner une petite idée de l’ambiance en prenant des références cinématographiques, on pourrait dire qu’il s’agit d’un mélange de La grande vadrouille et des Tontons flingueurs. Je m’attendais à une enquête policière plutôt classique mais le récit tient plus du roman d’aventure, avec un Méchant grandiloquent (« qui a appris à lire dans un manuel de chevalerie » dira San-Antonio), dans le genre de ceux que l’on trouve dans les James Bond des années soixante…
Je ne m’attarde pas plus sur le récit, car ce qui fait l’intérêt du roman, c’est bien sûr le style de Frédéric Dard. Le langage fleuri du commissaire San-Antonio, plein d’humour et d’inventions, est un vrai régal. Je me suis vraiment amusé en lisant ce bouquin qui regorge de bons mots. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le commissaire a le sens de la formule :
« J’ai du sable plein mes galoches, plein les yeux et peut-être qu’à l’autopsie on en dénicherait suffisamment dans mes poumons pour reconstruire l’Opéra de Berlin. » (p.13)
« Elle a de beaux yeux gris et une bouche qui semble avoir été dessiné au pinceau par un artiste chinois. Bref, c’est exactement le genre de poupées qu’un type de mon calibre aime à trouver dans ses godasses le matin de Noël. » (p.28)
C’est en usant du même langage que San-Antonio interpelle régulièrement le lecteur, de manière plutôt vigoureuse. J’ai compté trois interpellations de ce type dans le roman :
« Je vais vous expliquer pourquoi j’agis de la sorte car vous êtes tellement bouchés qu’il doit y avoir sous votre caberlot un point d’interrogation gros comme un lampadaire. » (p.36)
« C’est là l’acte d’un zigue vachement bas de plafond dire-vous ? Sans doute, mais je vous ferez respectueusement observer, bande de pieds-plats, que les types pantouflards ne se sont jamais taillés une réputation de casseurs de gueule dans les services secrets. » (p.143)
« Souvenez-vous une fois pour toute, bande de décapsulés, que l’instant ne correspond jamais à l’idée qu’on s’en faisait. » (p.188)
Voici un dernier extrait, qui montre ce talent mis à profit dans une description très efficace :
« Le grand gaillard doit avoir eu King-Kong comme bisaïeul. On obtiendrait une douzaine de brosses à chiendent très convenables en utilisant les poils de ses sourcils. Ses joues sont bleues car il n’a pas dû se raser depuis la guerre des Boers. Par contre, il possède autant de cheveux qu’une borne lumineuse. Ses yeux évoquent une tête de veau prête à consommer. Il les pose sur ma gracieuse personne et ce spectacle ne l’émeut pas plus que a vue d’un fer à friser d’occasion. » (p.44)
Et de temps en temps, entre deux bons mots, se glissent quelques aphorismes, tels que celui-ci : « La désillusion, c’est le chemin de l’expérience. » (p.78)
« Les souris ont la peau tendre » est un roman au charme un peu désuet, avec des facilités de scénario d’une naïveté que l’on ne rencontre plus dans les thrillers modernes. Le machisme ambiant du roman a lui franchement vieilli, mais pris au second degré, il est assez marrant (dans le vocabulaire de San-Antonio, ces dames sont tour à tour des « grognasses », des « mômes », des « petits lots », des « gonzesses »… et bien sûr des « souris »).
Bref, il me semble que j’aurais pu commencer moins bien ma découverte de Frédéric Dard, même si ce roman, qui se lit en un clin d’oeil, n’est a priori pas ce qu’il a écrit de plus fin…
Lu dans le cadre du « Défi Frédéric Dard 2010 » de Daniel Fattore.

Igor B. Maslowski a consacré une critique à ce roman dans la revue Mystère Magazine n°48 de janvier 1952.

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