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La note du collectionneur

Date de sortie :1er mars 1961
Réalisateur : Gérard Oury, d’après le roman « Les Mariolles » de Frédéric Dard
Acteurs : Robert Hossein, Marie-José Nat, Elsa Martinelli, Paolo Stoppa, Robert Dalban , André Cellier, Gérard Oury, Henri Tisot, Alice Sapritch, Corrine Charrette, Joëlle Latour, Martine Messager, Philippe Caster, Philippe Forquet, Michel Gonzalès, Bernard Murat
Scénario et dialogues : Frédéric Dard
Production : Société Nouvelle des Etablissements Gaumont, Franco London Films, Paris Union Films, Continental Film

Tiré d’un roman de Frédéric Dard, Les mariolles, La menace en est une adaptation assez fidèle. Dard participe d’ailleurs au scénario. Je dis assez fidèle, parce que le roman se passe sur la Côte d’Azur, aspect particulier qui a disparu dans le film. On va voir que cela a un effet assez important sur la signification de ce film noir.
Elisabeth est une jeune orpheline qui est élevée par un parent qu’elle nomme Cousin et qui vivote d’une sorte de brocante. Son appétit de vivre la pousse vers une bande d’adolescents qui sont assez argentés pour rouler en scooters. Elle aimerait bien les rejoindre, qu’ils la prennent en considération. Mais ils la gardent à distance. Un soir qu’elle s’échappe de son logis, tandis que Cousin cuve son vin, elle croise la route du pharmacien qui l’accompagne au cinéma. C’est un homme d’âge mûr qui soudainement va lui manifester de l’intérêt. Elle va se servir de lui pour se faire payer un scooter et pouvoir ainsi rejoindre la bande d’adolescents dont elle rêve de devenir membre.
Cependant, dans la région un sérial killer sévit, viole et assassine des jeunes femmes. Les circonstances vont finalement faire qu’Elisabeth va orienter les soupçons de la police vers le pharmacien pour se venger de lui. Elle le regrettera amèrement. Mais c’est le prix de son passage à l’âge adulte finalement.
Le film a choisi de ne pas situer l’histoire en Provence. Et c’est dommage. Car l’été provençal, la proximité de la mer et de la Côte d’Azur rendent beaucoup plus fort l’opposition de classes entre ces petits bourgeois friqués et cette jeune fille décalée par manque d’argent et de famille. Les noms ont été changés également, Elisabeth devient Josépha dans le film et Rémy Beaujart, Savary. Dans la critique de l’attirance pour les objets, pour la consommation, le film reste très en deçà du roman. Elle est à peine suggérée, alors que dans le roman elle était le facteur central qui expliquait cette dérive des comportements des jeunes adolescents.
La représentation des adolescents est assez faible, plutôt gentillette, elle manque de cette cruauté féroce qu’on trouve effectivement dans le roman, ou même dans les films américains qui portent sur le même thème à la même époque.
Il reste cependant un portrait assez intéressant de l’assassin lui-même. Il y a une forme de pitié qu’il dégage, auprès de sa femme, comme auprès de Josépha qui intriguer et qui le rend séduisant.
Oury n’a jamais été un grand technicien, et au début de sa carrière de réalisateur, bien avant ses immenses succès commerciaux dans la comédie, il manifestait un attrait singulier pour le film noir. La menace aura un succès commercial satisfaisant. Plusieurs facteurs vont y contribuer. D’abord il y a des scènes nocturnes assez intéressantes, que ce soit les abords du cinéma de province, ou que ce soit la fête que veulent faire les jeunes.
Le passage de Savary entre les mains de la police, la confrontation qu’il aura avec Josépha, est également un grand moment d’ambigüité qui maintient suffisamment le suspense pour qu’on ne sache pas vers quoi le film débouchera.
Et puis il y a les deux acteurs principaux qui sont excellents. Robert Hossein, ici à contre-emploi, jouant le rôle du pharmacien timide et emprunté, qui transmet son inquiétude et sa folie. Et puis surtout Marie-José Nat qui joue de l’ambiguïté entre un physique fragile et banal et son attrait paradoxal pour le curieux pharmacien.
On retrouve pas mal de seconds rôles intéressants, Dalban dans celui d’un policier, Paolo Stoppa dans celui de Cousin. Les moins intéressants sont plutôt les jeunes « mariolles » qui sont fades et sans saveur. Certes on comprend bien que c’est voulu, dans la mesure où leur inconsistance s’oppose finalement à l’intéressant Savary.
On retrouve également Elsa Martinelli dans un tout petit rôle, celui de Lucille, la femme de Savary. Elle incarne parfaitement les tourments de l’épouse fidèle et dévouée.
C’est donc une adaptation fidèle de l’univers noir de Frédéric Dard. Malgré la mollesse de la réalisation, elle a le parfum de cette époque révolue qui voyait la France se transformer à grande vitesse, attirée comme par l’abîme par la société de consommation à l’américaine.

© Blog Alexandre Clément

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